Le Premier Ministre Chef du Gouvernement a signé un arrêté (n°209/CAB/PM du 21 Août 2009) portant création, organisation et
fonctionnement du Comité de pilotage de la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement des technologies de l’information et de la communication du Cameroun. Derrière cet acte anodin,
passé inaperçu, se cachent d’importants enjeux financiers et une phase, de l’affrontement entre l’ANTIC et le Minpostel qui ne manquera pas de piquant. La société civile et le secteur privé
refusant d’y assister en spectateurs qui comptent les uppercuts et les crochets.
Le document de stratégie nationale de développement des technologies de l’information et de la communication du Cameroun a été finalisé en Septembre 2007 par l’ANTIC (Agence Nationale des
Technologies de l’Information et de la communication). Son directeur général, Ebot Ebot Enow, affirmant à qui voulait l’entendre qu’il a été validé par la très haute hiérarchie : le Chef de
l’Etat lui même. L’Antic étant sous la tutelle de la présidence de la république. Il faut dire que les responsables de l’ANTIC, à peine nommés, avaient retiré sans élégance le document au
MINPOSTEL qui l’élaborait jusque là . Depuis lors ils se regardent en chien de faïence.
Après la soit disante validation du DSTIC en 2007, rien n’a vraiment bougé. Alors que certains pays africains comme le Rwanda en sont, et avec bonheur, à leur 2e plan de développement des TIC, le
Cameroun tente péniblement d’engager le premier. Vous avez dit inertie ?
« En matière de TIC, le Cameroun est loin des pays de même niveau de développement que lui » avait fini par reconnaître Bello Bouba Maigari, ministre des postes et télécommunications Ã
l’époque.
L’ANTIC, créée en 2002 par décret du président Paul Biya a attendu janvier 2006 pour voir la nomination et l’installation de ses premiers dirigeants. Elle fonctionnera sans organigramme et sans
tenir le moindre conseil d’administration jusqu’en 2009 !
« l’arrogance, l’incompétence et surtout l’affairisme du Directeur Général, protégé d’Atangana Mebara alors SGPR et de son adjointe Pauline ABENKOU cacique du RDPC dans le Sud , n’ont rien
arrangé» murmure t-on dans les couloirs. La gestion que fait l’ANTIC du point CM, nom de domaine du Cameroun en est une preuve. Une calamité aux relents maffieux dont la presse internationale en
ligne s’est souvent faite l’écho, précisent certains observateurs. A tel enseigne que lorsqu’on compte 9 000 sites internet en point ke au Kenya on en dénombre à peine 500 en point cm.
L’arrêté que signe le premier ministre le 21 Août 2009, confie de facto le pilotage de la mise en œuvre du développement des TIC au Minpostel au détriment de l’ANTIC. Ce qui n’est pas pour
déplaire à Biyiti Bi Essam, Secrétaire général du MINPOSTEL en 2006, lorsque ce dernier se faisait déposséder de l’élaboration du document de stratégie des TIC.
« Le Comité est composé ainsi qu’il suit :
- Président : le Ministre chargé des télécommunications ;
- Vice président : le Directeur Général de l’ANTIC ;
…» dit l’acte du PM tandis que le document de stratégie des TIC stipule que « le Comité de pilotage est placé sous l’autorité du Ministre d’Etat, Secrétaire Général de la Présidence de la
République.»
Le Comité de pilotage version Ebot Enow est appuyé par un exécutif, le Secrétariat permanent. « Le Secrétariat Permanent est assuré par l’ANTIC » peut on lire dans le DSTIC. La version primature
prévoit quant à elle, une cellule technique dirigée par un collaborateur nommé par le ministre des télécommunications. Elle comprend en outre
- 2 représentants du ministère des postes et télécommunications ;
- 1 représentant par ministère ayant des projets d’implantation de l’administration électronique en cours d’examen ou en exécution ;
- Un représentant du CENADI ;
- Un représentant de CAMTEL ;
Autant dire qu’au sein du comité de pilotage créé par le Premier Ministre, l’ANTIC ne joue qu’un rôle de figurant.
Suppositoire difficile à faire passer à Enow Ebot et Abenkou habitués à organiser des séminaires à l’intention des ministères pour leur donner des ‘’leçons’’ sur la manière de faire le design de
leur site internet, la manière de monter des projets TIC, et sacrilège, exiger que les ministères leurs ‘’rendent des comptes’’ sur leurs dépenses informatiques.
Sur les 17 membres que doit compter le comité de pilotage défini dans l’arrêté de Monsieur Yang Philémon, Premier Ministre, aucun n’appartient ni à la société civile, ni au secteur privé. Tous
appartiennent au secteur public. Pas même d’élus locaux : ni députés, ni conseillers municipaux.
Michel Towa Koh coordonnateur du réseau de la société civile, Acsis Cameroun, pense que ce comité de pilotage ne reflète pas du tout les engagements que le Cameroun prend aussi bien au niveau
international qu’au niveau national.
La société civile et le secteur privé, poursuit-il « c’est plus de 90% de l’économie numérique au Cameroun. 90% des abonnés aux téléphones le sont auprès d’opérateurs privés, 99% des fournisseurs
d’accès internet sont des privés, etc… Une stratégie nationale de développement des TIC au Cameroun ne doit s’élaborer et se mettre en œuvre sans leur participation au plus haut niveau. »
Il insiste « nous devons prendre la mise en œuvre de la stratégie nationale des TIC très au sérieux. Car les efforts visant à combler la fracture numérique et à promouvoir un bon usage des
technologies de l’information au service du développement sont les aspects essentiels de la lutte contre la pauvreté. Ils font également partie des objectifs de développement du millénaire et de
la Déclaration du millénaire des Nations Unies. Selon un nouveau rapport publié par le Groupe de la Banque mondiale en 2009, l’accès aux services internet et de téléphonie mobile de qualité et
bon marché permet le développement des économies et des sociétés à tous les niveaux. Il conclut notamment qu’une hausse de 10 points de pourcentage du nombre de connexions internet à haut
dé! ;bit s’accompagne d’un surplus de croissance économique de 1,3 point de pourcentage ».
Parlant des désordres observés en l’an 2008, le Président Paul Biya dans son adresse à la nation, le 31 Décembre 2008 disait « Avec le recul, et tout en admettant une certaine imprévoyance de la
part des pouvoirs publics, je crois pouvoir dire que nous aurions pu nous dispenser de ces désordres qui ont coûté cher à notre économie. Il existe en effet dans notre pays des partis politiques,
des syndicats, des associations dont le rôle est précisément, en tant que corps intermédiaires, de transmettre au gouvernement les doléances de leurs mandants. Je peux vous assurer que ceux-ci
trouveront toujours auprès de moi une oreille attentive, si leurs revendications sont fondées et s’ils sont animés d’un véritable esprit de négociation.
Dans le plan d’action de Genève auquel a souscrit le Cameroun on peut y lire que « L'engagement du secteur privé est important pour le développement et la diffusion des technologies de
l'information et de la communication (TIC), au niveau des infrastructures, des contenus et des applications. Le secteur privé joue un rôle, non seulement sur le marché, mais aussi dans le cadre
plus large d'un développement durable.
L'engagement et la participation de la société civile revêtent tout autant d’importance dans la création d'une société de l'information équitable et dans la mise en oeuvre des initiatives liées
aux TIC en faveur du développement. »
« Nous allons approcher la Primature pour qu’elle accepte d’enrichir le comité de pilotage de la stratégie nationale de développement des TIC, de représentants de la société civile et du secteur
privé. Si nous représentons 90% de l’économie numérique au Cameroun nous pouvons représenter le tiers du comité de pilotage » affirme Michel Towa Koh d’ACSIS Cameroun.
La société civile est déjà absente :
- Du conseil d’administration de l’ANTIC ;
- Du Conseil d’Administration de l’ART, le régulateur ;
- Du Fonds Spécial des Télécommunications ;
Choses qui ne se voient pas dans les pays de même niveau de développement que le Cameroun, mais mieux classés en matière de TIC et … de gouvernance.
La participation de la société civile dans les politiques publiques est un engagement du Programme National de Gouvernance, signé en Novembre 2006 par le Premier Ministre.
La place qu’occupe CAMTEL et dans une moindre mesure le CENADI, au sein de ce comité n’est pas faite pour rassurer les opérateurs privés : opérateurs de téléphonie mobile et fournisseurs d’accès
internet. La récente affaire CAMTEL-MTN illustre à souhait que les relations sont loin d’être au beau fixe entre l’opérateur historique(Camtel) et les opérateurs privés qui accusent le premier
non seulement d’incompétence, de concurrence déloyale et mais aussi d’abus de position de monopole.
Membre de la cellule technique, Camtel pourrait influencer, donner son avis sur des projets dans lesquels ses concurrents seraient impliqués sans que ceux-ci ne puissent se défendre.
Camtel est déjà accusé par certains fournisseurs d’accès internet de traîner le pas dans le projet IPX(Internet Exchange Point), qui permettrait aux fournisseurs d’accès internet de faire des
économies dans l’utilisation de la bande passante internationale, alors que Camtel serait perdant.
A bien y regarder on peut se demander si ce n’est pas uniquement le pilotage de la stratégie qui est remis en cause. La stratégie ‘’ANTIC’’ elle-même n’est telle pas remise en cause Quand on sait
que le MINPOSTEL avait entamé le boulot et qu’il le ressortirait du tiroir ?
Le document ‘’ANTIC’’ va-t-il disparaître comme l’accord secret signé entre la multinationale CISCO et le gouvernement camerounais. Accord dont Enow Ebot, protégé du supposé leader du G11, se
vantait d’en être l’inspirateur ?
Sur le site internet de l’ANTIC on apprend que l’élaboration de la stratégie nationale de développement des TIC a nécessité « l’organisation d’une série d’ateliers d’échanges et de
concertation, en vue de l’élaboration de la Stratégie Nationale de Développement des TIC.
Ces ateliers ont connu la participation de 91 structures, dont 39 ministères et institutions étatiques, 5 opérateurs TIC des secteurs public et privé, 2 instituts supérieurs de formation
aux TIC et 45 associations et organisations de la société civile, ainsi que la participation de la coopération internationale. » Quel gâchis !
Paul Biya qui a donné 6 mois le 3 Juillet 2009 pour avoir des résultats sera-t-il content ?
« Nous ne pouvons plus attendre que les dossiers passent d’ateliers en séminaires, de séminaires en comités sans résultats visibles. Aujourd’hui, l’heure est à l’action. Secouons l’inertie,
levons les obstacles, fixons nous des objectifs, arrêtons des calendriers et … respectons les. ( Discours à la nation , 31 Dec 2007).
Francis Ebellé
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